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La MC Nos pobreza ke nos rikesaLa MC Malcriado (Izé, JP, Jacky Brown et Stomy Bugsy : quatre rappeurs entre France et Cap-Vert) Dès ses débuts, dès, notamment, les premiers concerts d’Afrika Bambaataa dans le Bronx, le rap est une quête de racines. Revenir à soi, revenir à ses origines, est l’un des principes fondamentaux du mouvement hip hop. On l’ignore souvent mais quelques uns des rappeurs français les plus célèbres sont d’origine capverdienne. Stomy Bugsy, Jacky Brown, … leur nom ne l’indique pas, pas plus que leur parcours. Et pourtant, pour qui sait entendre, des indices traînaient déjà sur leurs premiers disques. Ici, une référence à Cesaria Evora. Là, quelques mots de kriolu, le créole de portugais qui est devenu la langue officielle du Cap-Vert. Ils se sont fait connaître au sein de groupes de rap (le Ministère Amer pour le premier) ou de ragga (les Nèg Marrons pour le second) légendaires. Ils étaient – et sont toujours – de grandes figures d’un certain « rap à la française », celui qui, dans les années 90, a vaincu les préjugés, conquis toutes les ondes et s’est imposé partout. Et pourtant, une part d’eux-mêmes leur manquait … Peut-être est-ce l’exemple d’Izé, le premier à avoir lancé des passerelles entre rap d’ici et musiques de là-bas … Peut-être est-ce leurs voyages au Cap-Vert, irréguliers d’abord puis de plus en plus fréquents … Peut-être est-ce le fossé qui semble se creuser d’avantage chaque jour entre la France et l’Afrique … Peut-être, enfin, est-ce simplement une forme de maturité … mais l’envie de former un groupe de rap qui s’appuierait sur des rythmes capverdiens a été de plus en plus forte. La MC Malcriado existe depuis 1998. Elle réunit quatre amis de longue date, tous de double culture, franco-capverdienne : Izé, qui a déjà deux albums solo à son actif, « Double nationalité » et « Mobilizé », et qui est le premier à avoir intégré des sonorités spécifiquement capverdiennes dans ses instrumentaux / JP, qui a fréquenté Jacky et Benj, les futurs Nèg’ Marrons, au début des années 90, avant de se consacrer à son groupe, les II Doigts, et à un documentaire qui confronte boxe et rap / Jacky Brown, qui a accumulé les disques d’or avec les Nèg’ Marrons puis a fait profiter un nombre affolant de projets de ses trouvailles lexicales (dont le célébrissime « T’entends pas ou quoi ? ») / Stomy Bugsy, acteur et rappeur, vétéran du Ministère Amer, qui entasse également les disques d’or dans un coin de son appartement. Le groupe s’est d’abord produit au Cap-Vert, sur la scène du festival de Baias Das Gatas. En avril 2001, il participe à la « Fête à Cesaria » au Zénith de Paris. Il apparaît ensuite dans des compilations (« Dis l’heure de zouk ») et sur les albums d’Izé et de Stomy Bugsy. Mais c’est à son propre album qu’il travaille en secret depuis plusieurs années, avec l’aide d’un producteur également d’origine capverdienne, Gérard Noël-Pierre. Le défi est à la hauteur de la richesse musicale du Cap-Vert. Funana, coladera, batuque, zouk, … il y a sur ces îles tant de rythmes imparables, tant de musiciens incroyables à faire découvrir au public français que tout résumer sur un disque semblait impossible. Et pourtant … Terriblement dansant, l’album n’en oublie pas pour autant d’évoquer la vie quotidienne au Cap-Vert (« Mas amor », le titre préféré des radios), l’amertume de ses émigrés (« Réfugié ») ou l’histoire mal connue mais glorieuse de ce « petit pays » (« Amilcar Cabral »). Mais c’est avant tout en invitant quelques uns des chanteurs les plus populaires de l’archipel (Mayra Andrade, Filipe Monteiro, Suzana, Zéca di Nha Reinalda, …) que le groupe parvient à une synthèse unique, un style auquel il faut désormais donner un nom. Rap malcriado ? Kriolu rap ? CAP’s Rap ? A vous de choisir …
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