Boubacar Traore
Kongo magni
Considéré en Occident comme un bluesman, Boubacar Traoré, surnommé Kar Kar, est avant tout un passionné dont la musique distille des émotions et des rêves avec simplicité et précision. Sa voix chaude et puissante, chante l’histoire de son pays, les espoirs et les déceptions des maliens, l’amour et l’espérance, le monde qui l’entoure. Des mélodies saisissantes, toutes inspirées de la tradition malienne du Kassonké dans laquelle il a toujours baigné. Un style quasi inimitable, à la fois chaleureux et mélancolique que l’on retrouve dans son dernier album en date, "Kongo Magni" paru en 2005 sur le label Marabi.
La célébrité de Boubacar Traoré remonte aux années 50. Il anime les années post-indépendance au Mali et tout Bamako danse au rythme de son "Mali Twist" ou encore de "Kabeya". Dans ces tubes alors uniquement diffusés à la radio, Kar Kar incite ses compatriotes à la reconstruction du pays. Une génération entière est touchée. Avec sa guitare et son blouson noir, il est pour les jeunes de l’époque le Chuck Berry ou encore l’Elvis Presley malien.
Mais c’est bientôt la "révolution culturelle" du régime socialiste de Modibo Keita. Boubacar manque d’argent et n’arrive pas à produire de disque. Il retourne dans la région de Kayes qui l’a vu naître en 1942. Ainsi à 400 kilomètres de Bamako, il travaille comme tailleur, commerçant puis comme agent agricole. Éloigné de la scène et de son art pendant vingt ans, tout le monde le croit disparu jusqu’en 1987, où la télévision nationale l’invite pour une émission en direct. Petite euphorie, l’artiste renaît à sa propre vie. C’est malheureusement à cette époque (1989) qu’il perd sa femme, Pierrette, dont le souvenir reste encore aujourd’hui une de ses grandes sources d’inspiration.
Kar Kar s’installe alors en France comme ouvrier, mais continue son travail musical. En quelques années, il enregistre deux disques et les concerts s’enchaînent en Suisse, au Canada et aux Etats-Unis. A l’initiative du magazine d’art Revue Noire, le chanteur revient à Bamako enregistrer son troisième album, pour lequel on trouve à ses côtés des figures légendaires de la musique malienne : Ali Farka Touré, Toumani Diabaté, Kélétigui Diabaté.
Le Festival Musiques Métisses d’Angoulême l’accueille en 1991 et Christian Mousset produit pour Label Bleu/Indigo, en 1996, l’album "Sa Golo". Un deuxième album "Maciré" suit en 1999.
Une discographie également enrichie en 2002 par la sortie de "Je chanterai pour toi" (Marabi), bande originale du film de Jacques Sarasin, inspiré par l’ouvrage "Mali Blues" de Lieve Jorris (Acte Sud).
Depuis lors, le chanteur parcourt le monde, diffusant au gré de tournées et d’albums, ce blues tout particulier du Sahel. Référence en Europe (où ses concerts sont une messe pour un public toujours plus jeune et plus nombreux) et aux Etats-Unis (il compte parmi ses fans Martin Scorcese, qui souhaite depuis longtemps réaliser un film sur sa vie), Boubacar Traoré reste un artiste vénéré dans son pays : le Mali.

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