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Mario LucioC’est là qu’il va à l’école primaire, jusqu’à ce que son père décède alors qu’il n’a que douze ans. Il est alors recueilli par l’armée capverdienne. Quand sa mère décède trois années plus tard, elle laisse 8 enfants orphelins. Mário Lúcio fait ses études secondaires sous la tutelle des autorités militaires et vit dans la caserne de Tarrafal qui longtemps servit de camp de concentration pendant la période coloniale. Il obtient ensuite une bourse lui permettant de faire des études à Praia, la capitale, puis en 1984, une bourse du gouvernement cubain pour étudier le droit à La Havane. Il revient s’installer au Cap-Vert comme avocat, six ans plus tard. En 1992 il est nommé conseiller culturel auprès du Ministre de la Culture. De 1996 à 2001, il est député au Parlement Capverdien. Mário Lúcio Sousa est le fondateur du groupe Simentera, qui marqua le retour décisif de la musique capverdienne vers ses racines acoustiques et réclama la culture d’Afrique continentale comme faisant partie intégrante de l’identité culturelle capverdienne. Ses conceptions lui valurent d’être nommé conseiller du Commissaire chargé de l’Expo 92 à Séville. Pour celle-ci et plus tard pour l’Expo 98 à Lisbonne il fut l’auteur des projets musicaux représentant son pays. Mário Lúcio Sousa est multi-instrumentaliste et arrangeur de bon nombres d’albums d’autres artistes capverdiens. Il est membre fondateur et directeur de l’association « Quintal da Música », dont le centre culturel privé se dédie à la valorisation de la musique traditionnelle. Les enfants peuvent y apprendre et mettre en valeur leurs talents.
« Je suis né à Tarrafal, au nord de l’île de Santiago. Les premiers esclaves libérés ou ceux ayant réussi à s’échapper sont venus s’installer ici, dans les montagnes de cette région, au Mato Brasil, à Tchátcha et à Gongon. Les Rabelados aussi sont d’ici. Bibinha Cabral, la plus grande chanteuse de Finaçon et philosophe populaire du Cap-Vert, habitait juste derrière chez nous. Et Nhu Ariki, celui qui a conservé la cimboa (1) dans notre culture, est également né à Tarrafal. J’ai grandi tout en écoutant des différentes sonorités de Santiago, et j’ai toujours eu cette curiosité de vouloir savoir d’où venaient ces sons à la fois si nègres et si blancs, si inséparables. C’était un sentiment tellement fort qu’à l’âge de neuf ans j’ai crée ma propre Tabanka et un groupe musical dont les instruments étaient construits avec des vieilles marmites et du fil de pêche en nylon. J’allais chanter et réciter des poèmes dans les rues du village. C’est cela qui a changé ma vie, car je fus découvert un jour de cortège par un commandant militaire. A partir de là, j’ai vécu dans une installation militaire et j’ai ainsi pu entrer en contact avec toutes les formes de manifestations culturelles de l’archipel, connaître toutes les nuances du criolo, notre langue nationale, les différentes façons de jouer de la guitare et du cavaquinho, les différents rythmes et cadences, les similitudes et les différences entre les îles. J’ai pu aussi apprendre à jouer tous les instruments traditionnels du Cap-Vert. C’est comme ça que l’album Badyo est né. Pendant presque trente ans, j’ai préparé ce disque sans le savoir. Il y a eu quatre étapes importantes. Après avoir composé une centaine de titres, j’ai donné carte blanche à mon producteur pour choisir les thèmes qu’il souhaitait que j’enregistre. Une fois le choix réalisé, j’ai mis ces chansons sur un CD, j’ai pris un lecteur portable avec un casque, et je suis parti sur le continent africain. J’avais deux objectifs : toucher le sol avec le CD, attacher mes chansons à la terre, les bénir, évoquer les énergies, sentir les vibrations, parler avec les dieux, et aussi sentir en moi les sonorités qui devraient caractériser l’album Badyo. J’ai visité le Sénégal, la Mauritanie, le Mali et le Ghana. Au Mali, j’ai été surpris une nuit par une formidable éclipse. J’ai interprété cela comme un bon signe. C’est au Mali que j’ai pris les notes pour les arrangements, que j’ai décidé du rythme, de la cadence, de l’utilisation des instruments et de la polyphonie vocale. Par exemple j’ai décidé de ne pas utiliser les instruments à vent, mais de les remplacer par les voix et le sifflet. J’ai décidé aussi que les instruments de percussions seraient des outils domestiques utilisés tous les jours sur les îles, comme les poteries, le balai, la bassine à linge, les paniers d’osier, une houe, des plats, des saladiers, des bouteilles en verre pour remplacer les instruments conventionnels comme la caisse claire, le tom, etc. En studio, j’ai travaillé avec les meilleurs musiciens du Cap-Vert, mais ils avaient parfois du mal à comprendre ce que je leur demandais et dans certains cas ils n’ont pas réussi à jouer ce que j’avais dans la tête, à cause de certains rythmes croisés dont la lecture était complètement nouvelle pour eux. C’est à cause de cette lecture différente que j’ai choisi un bassiste originaire des Antilles. J’ai aussi travaillé avec des musiciens argentins et ivoiriens Tous ont été très surpris par la nouveauté et la proximité des rythmes et des concepts. En fin de compte, j’ai voulu un disque organique, avec une peau sentant l’odeur des anciennes épices. C’est pour cela que j’ai choisi la voix et la cimboa comme instruments principaux. Aujourd’hui que le travail est achevé, je sens, sans aucune prétention, que c’est une œuvre que tous les Capverdiens voudront avoir chez eux, parce que Badyo est la première œuvre, qu’elle soit musicale ou littéraire qui nous propose de comprendre pourquoi nous sommes musicalement ce que nous sommes. Mais je sens également que c’est une œuvre que les étrangers recherchent, soit parce qu’ils connaissent déjà notre musique et qu’ils vont à présent pouvoir suivre son parcours, soit parce qu’ils ne la connaissent pas et y trouveront un guide pour la découvrir. »
Albums de l'artiste
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