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Tiolino
Une rue animée, un joyeux tintamarre, un mariage, le grogue (le rhum capverdien), véritable « eau bénite » qui apaise et donne de la force, une sérénade, les tambours des fêtes à la fois sacrées et profanes de la Saint Jean … Autant de scènes et d’histoires communes à tous les Capverdiens, peintes ici avec des couleurs et des sonorités dans lesquelles la joie et la vivacité ressortent comme de parfaits contrepoints au ton intimiste de la morna. Parce que la vie au Cap-Vert est aussi joie, humour, malice, … Et, pour la chanter, il y a toujours à portée de main une guitare – cette infatigable compagne, cette meilleure amie du Capverdien, son alliée quand il s’agit d’exprimer ce qu’il a dans l’âme. Une voix ensoleillée surgit donc aujourd’hui pour chanter le Cap-Vert : celle de Tiolino, un homme de 38 ans, dont la maturité musicale étonne et qui ne cache rien de son appartenance à une longue lignée de compositeurs et d’instrumentistes. Parce que Tiolino (Adelino Baptista Livramento de son vrai nom) est né à Boavista, le berceau de la morna, plus précisément à Joao Galego, un village connu pour le grand nombre de musiciens qu’il a enfantés. Il a grandi en écoutant la guitare de son père, Victor Hugo, un musicien attaché à « la manière brésilienne », tout en arpèges, un style très commun parmi les musiciens traditionnels du Cap-Vert. Son fils a préféré l’accompagnement rythmique, plus vif. Il s’en sert aujourd’hui pour apporter de la vigueur à ses coladeiras. « Comme il y avait un conflit entre nous à ce sujet, je ne peux pas dire que j’ai appris à jouer avec lui mais je l’ai beaucoup écouté … » raconte Tiolino. A 10 ans, il quitte Boavista pour continuer ses études sur l’île de Sal, puis part à Sao Vicente et, à 20 ans, en Union Soviétique. Le jeune Capverdien regagne sa terre natale en 1993. Il est devenu expert en systèmes énergétiques et c’est comme professeur de physique qu’il gagne désormais sa vie, en résidant sur l’île de Sal. Là, avec quelques compagnons, il va jouer d’hôtel en hôtel, de restaurant en restaurant. Sa voix et ses compositions se font remarquer. Et c’est ainsi que commence une nouvelle étape dans la vie de Tiolino, fier continuateur d’une tradition, qui voit en Manuel d’Novas un maître et qui s’identifie en même temps – pour une question de génération – à cette autre icône de la musique capverdienne : Orlando Pantera. « Chacun dans son style, nous parlons de thèmes communs ». Les onze chansons de « Rua dreita » racontent en mots et en notes la vie ordinaire au Cap-Vert au début de ce millénaire : les mariages arrangés (« Pidrinhe », chantonné par tout le monde l’été dernier), la mort d’un enfant (« Eterno »), des amours urbaines (« Rua dreita ») … Peut-être est-ce la mission des grands compositeurs d’immortaliser ces scènes du quotidien. D’ailleurs, la première chanson de Tiolino à être parue sur un disque (elle était portée par la voix de Lura sur l’album « M’bem di fora ») parle justement de ces gens qui ont pour mission de chanter le Cap-Vert …
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